L'autre philosophie (?!...)

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L'autre philosophie (?!...)

Message  Baiju le Mar 3 Mar - 21:20

Je me permets de dire ici un mot sur un certain pan du travail philosophique que nous n'avons que peu travaillé en classe, à savoir l'art de la rhétorique. En effet, suite la question de savoir "qu'est-ce que la philosophie?", nous pouvons certes déblatérer quelques temps sur l'histoire de la vérité, la recherche de l'absolu et autres affirmations de la pensée (notons que tout ceci est très bien), mais nous pouvons aussi mentionner cet aspect intrinsèque, il me semble, du discours, de la pensée, et donc de la philosophie, que constitue la rhétorique, ou l'art de convaincre, ou encore la dialectique. Car qu'est-ce que la philosophie sans débat, sans discours? Il semble que tous les grands philosophes, d'Aristote à Schopenhauer, aient été également de grands rhéteurs (ou de grandes rhétrices, si l'univers philosophique n'était pas aussi machiste, mes respects à Mme H. Arendt). C'est cet art du débat qui, je pense, permet dans une certaine mesure l'évolution des concepts, le raffinement des idées, la réfutation des fantasmagories.

Le rétablissement de la rhétorique au centre du processus philosophique me paraît intéressant au moins pour deux raisons. Premièrement, il permet de lier la philosophie directement et concrètement à d'autres domaines, notamment la politique, mais aussi la littérature, l'étude des médias, etc. Deuxièmement, cela permet de répondre partiellement à la question "Pourquoi de la philo aujourd'hui?", ou "A quoi sert la philo de nos jours?" (malgré la mort de Dieu et autres joyeusetés), dans le sens qu'une maîtrise de la rhétorique me paraît essentielle (et une maîtrise de la pensée qui en découle, ou vice-versa), dans différentes sphères de notre existence (professionnelle, politique, etc.), pour pouvoir prétendre résister aux multiples et effarants abus dont nous sommes quotidiennement victimes (je voulais citer quelques dizaines d'exemples, mais je n'ai pas le temps, désolé). Or, quelle meilleure manière d'apprendre l'art du débat qu'avec la philosophie?..

Je me contenterai donc de vous faire part de ma complète béatitude à la lecture de deux ouvrages traitant justement de rhétorique/dialectique.

Il s'agit premièrement de "L'Art d'avoir toujours raison" d'A. Schopenhauer, ouvrage technique célèbre, que j'ai trouvé excellent, dans lequel le philosophe allemand nous fait part de 38 stratagèmes pour nous en sortir dans TOUS les débats publics -- étant sous-entendue une distinction fondamentale entre logique, i. e. le débat honnête et logique visant à l'établissement de la vérité, et dialectique éristique, i. e. le débat où l'unique but est d'avoir raison, sans souci d'une quelconque vérité, a fortiori en public (ce qui constitue le réflexe naturel de l'Homme foncièrement malhonnête et égoïste, d'après Schopenhauer).

Le second ouvrage, toujours aussi technique, mais extrêmement intéressant également, s'intitule "Petit cours d'autodéfense intellectuelle", et a été écrit il y a quelques années par le professeur québécoué Normand Baillargeon. Il s'agit là plutôt de savoir se prémunir contre les aberrations que nous carrent dans le crâne médias, politiciens et autres intellectuels (qui, c'est bien connu, se doivent régulièrement de justifier leur existence poussive en élaborant des théories très compliquées).

Il me semble que l'oeuvre d'Aristote renferme également quelques trésors dialectiques (Topiques, Les Réfutations sophistiques, etc.), et que M. Albertelli aura certainement bien des ouvrages à nous conseiller à ce propos.

Je conclurai avec une petite question: pourquoi l'étude (et la pratique!) de la rhétorique, du débat, n'est-elle pas encouragée dans le cadre scolaire, alors qu'elle avait une place fondamentale à l'époque des Anciens, et que la situation politico-médiatique actuelle en rend la connaissance plus que jamais nécessaire?

Baiju

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Re: L'autre philosophie (?!...)

Message  Baiju le Ven 6 Mar - 16:03

En fait, pour résumer, j'exprimerais les choses plus élégamment: la philosophie, tant de par son contenu que dans sa forme (pratique de la rhétorique), permet la poursuite d'un projet émancipateur.

D'où son utilité actuelle, transhistorique.

Baiju

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Manipuler?

Message  Valentin le Lun 9 Mar - 23:00

En te lisant, Baiju, une chose me frappe. Tu prônes un enseignement de la manipulation en quelque sorte? Est-ce préférable pour toi? Ou bien voudrais-tu enseigner la rhétorique pour s'en défendre? Pour pouvoir s'échapper de la manipulation qui agit sur nous? Mais ne craints tu pas une manipulation des meilleurs rhétoriciens par les plus faibles? Est-ce préférable? Créer un monde de Sophistes... D'autres plus éminents que moi ont déjà avant moi réfléchis au répercutions.

Pour résumer, ne penses-tu pas qu'en apprenant à tout le monde la rhétorique et le débat, les meilleurs dominent les autres? En quoi cela amène quelque chose d'améliorer le niveau de chacun dans l'art de la manipulation?

a+


Dernière édition par Valentin le Jeu 12 Mar - 13:09, édité 1 fois

Valentin

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Une autre pensée..

Message  Valentin le Mar 10 Mar - 20:09

Une seconde idée m'est venue aujourd'hui...
Tu dis que "C'est cet art du débat qui, je pense, permet dans une certaine mesure l'évolution des concepts, le raffinement des idées, la réfutation des fantasmagories." Mais cette idée engendre une situation qui me paraît contre-productive pour les concepts que tu évoques justement : ce sont les concepts les mieux défendus, et soutenus par les meilleurs rhéteur qui subsisteront. Et non pas les meilleurs concepts. Est-ce bien?

Et puis je trouve que cette idée touche aussi à l'engagement politique qui t'es si cher. Tu nous dis que Schopenhauer nous montre comment " avoir toujours raison". Donc en quelque sorte comment sortir vainqueur du débat, politique par exemple. Mais je trouve justement que l'intérêt d'un débat est l'ECHANGE entre DIFFÉRENTS POINTS DE VUE, et pas la suprématie d'une idée sur les autres grâce à la joute oratoire. D'autant plus que le vaincus du débat n'aura à mon sens pas adopté l'idée qu'il réfutait, mais aura juste était humilié... point de vue à méditer pour nos activistes politiques de la classe...

Valentin

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Hahaaaa, enfin un débat!!...:-)

Message  Baiju le Mer 11 Mar - 15:37

Évidemment que je prône un enseignement de la manipulation, mais pour mieux s'en défendre, comme je soutiens l'enseignement de l'économie néolibérale, ou politique. Je dois admettre qu'il me semble que tes commentaires me paraissent empreints d'une certaine candeur. En effet, tu sembles penser que c'est inculquer des notions de rhétorique aux élèves qui créera des générations de sophistes, mais tu passes peut-être à côté du fait que dans les débats politiques (voire dans d'autres cadres, comme celui de la philo, qui sait), que nous le voulions ou non, ce sont les techniques que Schopenhauer nomme "dialectique éristique" qui prédominent! Je passe une partie non-négligeable de mon temps à lire les débats de politicien/ne/s, et je suis à chaque fois frappé par le fait que j'y retrouve systématiquement des structures argumentatives décrites par Schopenhauer. Ce-dernier n'a pas mis en place un système d'abus, il a juste répertorié des pratiques existant depuis des millénaires, pratiquées largement aujourd'hui.

Je te vois déjà venir: "Mais ça ne justifie pas de s'y livrer à notre tour", etc. Eh bien si, j'estime qu'il est indispensable d'en acquérir quelques notions pour se prémunir contre les salades politico-économiques qu'on nous sert quotidiennement dans la presse, et qu'aborder ces notions est de toute manière salutaire et émancipateur. Maintenant, si des margoulins en profitaient pour embobiner leurs petits camarades, c'est leur problème (ce n'est pas moi qui vais m'amuser à moraliser), auquel l'on trouverait cependant certainement des solutions.

Je te cite: "Mais cette idée engendre une situation qui me paraît contre-productive pour les concepts que tu évoques justement : ce sont les concepts les mieux défendus, et soutenus par les meilleurs rhéteurs qui subsisteront. Et non pas les meilleurs concepts."
Eh oui, hélas, et ça les sophistes l'avaient déjà compris 500 ans avant la naissance de notre sauveur Jésus-Christ... alien

Je vous recommande à tous/toutes d'aller voir de quoi il en retourne concrètement ( http://www.philo5.com/Mes%20lectures/Schopenhauer,%20L'art%20d'avoir%20toujours%20raison.htm , allez-y c'est vraiment passionnant, mais préférez le vrai bouquin à la simplification proposée sur internet).

Mais Valentin, évidemment que c'est un art de la parole fourbe et veule, destructeur, grâce à qui les forts triomphent des faibles une fois de plus. C'est pourquoi il faut faire extrêmement attention à quand on en fait usage. Par exemple, dans le cadre familial, ou en cours d'OC philo, cela me paraît inutile et méchant (n'en déplaise à M. Albertelli qui me voit "triompher" en fin de période...). A ce propos, je cite la dernière partie de ton commentaire: "... point de vue à méditer pour nos activistes politiques de la classe..." Savais-tu qu'on appelle "argumentum ad hominem" les remarques ou arguments qui attaquent directement l'adversaire, sans rapport avec le propos?.. D'ailleurs, l'ultime stratagème de Schopi est l'insulte, qui permet, lorsque finement utilisée, de discréditer l'adversaire et/ou de le faire sortir de ses gonds alors même que le débat est perdu. On use le plus souvent inconsciemment de stratagèmes rhétoriques, c'est un penchant naturel, presque des réflexes: les appréhender théoriquement permet aussi de faire un travail sur soi-même.

Il existe donc un autre type de débat, véritablement constructif et enrichissant, où les protagonistes argumentent en toute bonne foi: http://www.philo5.com/Cogitations/031011%20Stratagemes%20pacificateurs.htm . Mais une fois de plus, ce n'est pas la manière de faire dominante, dans tous les cas pas en politique.

Maintenant que vous êtes tous/toutes des expert/e/s en rhétorique retorse et honnête, je vous propose d'assister au débat entre Tariq Ramadan et notre cher Oskar Freysinger sur les minarets en Suisse: http://www.tariqramadan.com/spip.php?article10566 -- le débat est véritablement passionnant, et illustre à merveille les techniques de Schopenhauer.

D'après vous, lequel des protagonistes fait le plus preuve de mauvaise foi? Lequel est dans la recherche de l'honnêteté et de la vérité? Lequel est le plus habile?...

Valentin, je crois qu'en réalité nous sommes dans une certaine mesure tout à fait d'accord à ce propos. Mais il faut sans cesse clarifier le propos, remettre en question, etc., notre discours, pour pouvoir discerner les enjeux, se mettre d'accord, déceler des failles dans le raisonnement: n'est-ce pas quand même une jolie démonstration du rôle du débat et de l'art de la guerre (EUH, du discours, pardon...)?!?... What a Face

Baiju

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Euh un débat, un débat..c'était juste quelques questions à la base...emballe-toi pas

Message  Valentin le Mer 11 Mar - 19:21

Pour commencer, certainement que la rhétorique est très présente. Là je te donne raison et tu as bien fait de le souligner. (techniquement, donner raison, ça le fait de temps-à-autres)

Mais maintenant je pense que l'argument qui consiste à dire que, puisque les politiciens utilisent ces méthodes pour faire leurs débats, ces méthodes sont intéressantes pour l'avancée des idées, l'échange d'idées et pour le développement de la pensée de chacun, est nul. (techniquement, dégénéralisation..) Car justement? Est-ce souvent que deux politiciens s'écoutent, échangent, font avancer une idée? Il me semble que c'est pour la majorité du temps pas le cas. ( techniquement regénéralisation). Preuve en est le débat sur les minarets.. ( techniquement, ahh..toujours l'effet d'un exemple). Il en ressort rien de créé ou même de modifié, rien de constructif. (techniquement, parler en " rien" en "tout", ça fait bien politiciens ça). Et je pense que ce style de rhétorique guerrière ( techniquement, exagération, oui il en faut un peu, légères tout de même ) qui convient aux débats politiques publiques ne convient pas à l'avancement des idées, surtout philosophique. (techniquement, dégénéralisation encore une fois) Un débat politique est pour la majorité du temps un exposé des idées de chacun. Une sorte de discours à deux fait pour les indécis et les imbéciles facilement manipulables qui les écoutent.

Dans ton " on trouverait cependant certainement des solutions ", j'estime que tu me tends une perche : Lesquels alors?.. ( Ca c'est pour le style rhétorique et l'analyse de la manipulation Smile)

Je répondrai par ton défaitisme qui consiste à dire que ce sont les concepts soutenus par les meilleurs et pas les meilleurs concepts qui doivent subsister par l'interrogative : Mais où sont passés tes idéaux, tes projets qui sont pourtant présents dans bien d'autres domaines? Pourquoi cela devrait toujours être comme cela? Et surtout pourquoi encourager cela? Pourquoi ne pas être contre cette rhétorique et pour un débat clair et limpide? Finalement où est ta volonté? Pourquoi ne pas changer le monde comme tu le veux souvent ? Et alors pourquoi instaurer l'étendage de quelque chose de nocif? (questions personnels.. technique rhétorique aussi n'est-ce pas? Surprised + questions dont la négation est presque impossible)

Et justement derrière ce que tu désignes ironiquement comme les petits margoulins qui utiliseraient cela contre leur camarades, il y a quand même l'importante question de ce qu'on veut pour notre monde. ( volonté rhétorique de me protégé de l'ironie bien tournée contre moi + retournement de l'ironie )

Pour mon argentum ad hominem.. Je pense que tu interprètes mal ma technique ici. (réfuter l'interprétation... bonne technique puisque tout est interprétation, non?). Je donnais simplement ( techniquement, tend à montrer une certaine honnêteté) et volontairement (techniquement, " hé tu crois que je me fais mener en bateau par mon inconscient ou quoi?") une portée pratique ( techniquement , rappel du réel, bon ça non?) et au delà du sujet ( techniquement, hé hé tu as vu la classe, je vais au delà des choses) à mes questions et affirmations. Pas d'insultes, d'attaques etc.. ( techniquement, tu crois quoi, je vais pas m'énerver? s'énerver c'est perdre ).. Ma remarque personnelle est que, avec un style rhétorique et trop construit, on ne convint personne. (techniquement, idée personnelle, irréfutable). Car la personne qui se fait démonter est humiliée. Mais n'est pas convaincue. Elle ne doute à la limite même pas. Est-ce que Freysinger à l'air de vouloir changer d'avis après ce débat? (techniquement, appel à une exemple unique mais soit disant représentatif, bon ça non? ). Et donc le reproche que je fais à beaucoup d'entretiens, que j'ai avec toi et Arthur par exemple mais aussi aux discussions politiques, est que c'est un exposé de vos idée, et non-pas une discussion. Que vous campez sur vos positions, et qu'il n'y a pas de partage. Et à part en effet l'exercice de rhétorique intéressant, je n'y vois pas d'intérêt constructif. ( techniquement, et paf la dernière attaque, personnelle, je l'avoue, bon ça non?)

Et donc voilà pourquoi, malgré son histoire vieille comme le monde, la rhétorique n'est pas intéressante à mes yeux. (techniquement, C.Q.F.D, et rappeler de quoi on parlait quand-même. Faire genre, la boucle est bouclée.)

PS: voilà mon petit exercice rhétorique...j'attends la correction du maitre . (techniquement, ah l'humour et la dérision, armes fortes)

Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy

Valentin

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Rhétorique du jour

Message  Valentin le Mer 11 Mar - 20:32

Ah et dans la rhétorique du jour..2 corrections pour toi, pour perfectionner ton art Very Happy :

-l'exemple de l'arbre qui tombent..super mauvais : c'est un reflex biologique de survie qui régira nos réactions et donc pas nos choix. Exemple inapplicable..Rien à voir.
-et la question du suicide, tu m'as apporté un bon exemple. Justement le suicidaire choisit pense ce qu'il pense bien pour lui, dans sa situation, et est responsable de ce qu'il va faire.

(PS: ironie de rigueur, je le dis, car par web c'est quand-même un style difficile..et puis je suis plus tout à faire sûr que ce soit toi qui apporta ces deux exemples..)

Valentin

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Re: L'autre philosophie (?!...)

Message  Arthur A. le Mer 11 Mar - 21:52

Je me sens interpelé et obligé de me défendre! Non sans m'énerver face à cette attaque personnelle digne de Protagoras... j'y tiens!

Il parait clair ici que l'art de la rhétorique porte une importance particulière dans l'auto-défense, pour reprendre le terme de Baillargeon, puisque nous sommes confronté très souvent à des textes, des discours, des débats, maniant plus ou moins habilement l'art de la rhétorique. Et que la capacité de pouvoir ce défendre face à la manipulation massive et constante des médias dominants, est une protection indispensable pour la venue d'une pensée critique libre. Je pense alors que l'enseignement sur l'art de la rhétorique est le meilleur moyen de s'en protéger. L'avènement d'une société totale et idéal où personne ne serait sophiste n'est évidemment pas possible et pensable, en effet je pense sincèrement qu'il y aura toujours des hommes pour se laisser séduire par une pensée pareille, particulièrement quand l'avidité du pouvoir est présente. Apprenons alors à déceler les failles, la technique, pour nous prémunir d'un débat qui ne mènera à rien. Et repensons la question de la rhétorique. Elle est en effet utile sur différent aspect à partir du moment où on la critique.

Tout d'abord, en prémisse à tout débat politique ou philosophique, il me semble très important que les deux protagonistes reconnaissent la vérité historique de certains faits et chiffres. En effet, beaucoup de pensées se basent sur une analyse historique de faits objectifs. Tel que la pensée de Marx. A partir de ce moment là, il convient fermement de désamorcer toute technique sophistique de maîtrise à son avantage de chiffres ou de faits. Car, et Baillargeon le montre très bien, la manipulation par exemple des graphiques, montrant une évolution par exemple, est très facile et particulièrement tentante dans l'art d'avoir toujours raison. L'art de la rhétorique nous enseigne là un moyen de pouvoir se prévenir de ce type d'entreprise et nous apprend qu'il faut absolument se mettre d'accord sur des faits objectifs avant même de commencer la discussion. L'erreur étant de partir dans la discussion sans avoir posé objectivement sur quoi il va être question, et le débat en devient particulièrement stérile, cette situation est présente dans quasiment tout les débats entre politiciens. Et pour te répondre Valentin, quand tu discute avec moi de politique, je te parais braqué sur ma position (partiellement dû à mon caractère cela dit) parce que je pense que nous ne partons pas de la même base de faits. Et en cela notre discussion n'en devient pas créative. A nous de le changer..!

Deuxièmement je pense que la rhétorique est un moyen intéressant, néanmoins pas dépourvu de défauts évidemment, pour provoquer la réaction et a fortiori la critique. En effet, regarde la raison pour laquelle je te réponds ici, tu m'as finalement indirectement interpellé. Tu as provoqué chez moi un intérêt, et un travail de la pensée critique pour te répondre. Et, en plus, je ne suis pas dans l'exemple parfait de la personne qui se braque contre toi puisque tu m'as attaqué. En effet, je pense que tu as raison sur la portée dangereuse et stérile d'une telle pensée, mais ça ne la rend pas du tout inintéressante à l'étude, au contraire. J'en reviens à mon propos, ces attaques provoquent une sorte de déclic à l'intérieur de nos têtes et nous poussent à prendre parti et rentrer dans le débat. Il est alors intéressant de pouvoir pratiquer cette art dans le but de "réveiller", provoquer une critique, chez des personnes. Le piège étant, suite à cela, de ne pas alors tomber dans une guerre préétablie entre les deux protagonistes et par définition stérile. C'est un art sûrement très difficile à gérer car tous autant que nous sommes gouvernés en partie par notre bel égo, la victoire dans le débat ne nous laisse pas indifférent.

Mais si nous arrivons, parce que nous en sommes capables sûrement, à maîtriser cet art de façon critique et particulièrement dans son aspect défensif, c’est une technique finalement très antiautoritaire et donc particulièrement importante. Nous ne sommes pas tous doté des mêmes outils pour le débat, enseigner une rhétorique critique d'elle même, permettrai justement de mettre sur pied d'égalité chacun avant même le début d'une discussion.

Enfin bon, le temps que des chers experts nous forment une belle pédagogie de la rhétorique, dans la neutralité et le respect du relativisme, on peut continuer le débat.... (A trouver: 4 mots vomitifs dans cette phrase...)

Arthur A.

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Argh!!!

Message  Baiju le Mer 11 Mar - 22:30

NOOOOOOOOOOON!!!!!!!!!!!!!!

Je viens de passer 45 min à répondre à ce cher Valentin, et Internet Explorer a buggé, tout le texte est parti. C'est vraiment pas chouette.

A bas les forums.

affraid

Baiju

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petite provocation...

Message  Marc le Mer 11 Mar - 23:42

je rejoins Valentin sur un point en tout cas:

lors des discussions essentiellement politiques que nous pouvons avoir avec vous, très, trop peu de place est laissée à l'échange, vous ne cherchez pas à partager des opinions mais bien à convaincre que vos idées sont les meilleures. Il me semble que l'échange et le partage sont beaucoup plus importants que le fait de vouloir à tout prix rallier des gens à sa propre position, en faisant usage de moyens rhétoriques un peu sulfureux, parfois, comme la dichotomie soit tu es avec moi, soit tu es contre moi (pas explicite, mais bien sous-jacente). Un exemple? "C'est à cause de gens comme toi que la situation politique n'avance pas"(sic), c'est ce que m'a dit Baiju quand nous allions voir Sloterdijk (orthographié juste, quel effort!). Cette phrase conduit exactement à "si tu n'es pas comme moi, tu es dans l'erreur"...

Permettez-moi une petite anecdote: j'ai la chance d'avoir un ami très proche que je connais depuis la 1ère primaire, que vous connaissez bien et qui a à peu près les mêmes idées politiques que vous, il s'agit de Jonas. Nous voyant depuis cette époque au moins deux fois par semaine, nous avons grandi en profitant et en nous enrichissant de nos différences. Il nous arrive souvent de parler politique, et de tomber des fois sur des points où nos opinions divergent, mais alors nous cherchons toujours à comprendre le point de vue de l'autre, et c'est toujours très instructif pour chacun d'entre nous.

Lors des discussions que nous avons avec vous, vous cherchez toujours à avoir le dernier mot, les exemples les plus choquants et les phrases les plus frappantes, simulant un débat avec un public fictif qu'il faut impressionner. En cela vous vous apparentez aux politiciens mêmes que vous critiquez, beau renversement rhétorique! Un autre petit exemple: les propos tenus par Fernand Melgar à la projection de la forteresse avaient beaucoup plus de force que ceux de Leuba, tout simplement car ils étaient objectifs, limpides et ne cherchaient pas le sensationnalisme, à l'image de son excellent film. Une politique menée de cette manière ne pourrait amener que de bonnes choses. Avez-vous également remarqué qu'il ne s'énervait pas et ne coupait pas la parole aux autres intervenants, malgré sa sensibilité à fleur de peau?

Bref, je voulais écrire seulement trois lignes et maintenant j'aurais envie de clarifier encore plus mon propos, mais le marchand de sable (capitaliste) arrive. La suite bientôt.

Pour conclure: vous êtes des personnes adorables que j'apprécie beaucoup, et je partage beaucoup de vos idées, mais je critique la manière par laquelle vous les communiquez aux autres, et qui, au vu de la réaction de Valentin, est au détriment des idées que vous voulez faire passer.

Mais peut-être me trompé-je...

Marc

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Re: L'autre philosophie (?!...)

Message  Baiju le Mer 27 Mai - 12:58

Salut!

Voici un complément au débat, i.e. la fin de mon dernier travail de philo, qui j'espère, mettra certaines choses au clair.

Ceci, bien sûr, dans l'éventualité où quelqu'un prenait l'temps de lire ce s'passe sur le forum.

Et rien n'est moins sûr....

A+!


(...) L'on a donc déchaîné les foudres le la répréhension sur "l'attitude politique" de l'auteur, et insisté de façon argumentée sur le fait que l'usage de la rhétorique était "mal" car il ne correspondait pas à un projet "bien" pour "l'avenir de notre monde". Pour finir, la position politique de l'auteur s'est vue qualifiée de dogmatique, conséquence directe de l'usage de rhétorique éristique, puisque à ce niveau il ne s'agissait plus, dans la discussion, d'échanger, mais d'affirmer son propre point de vue.

Il paraît essentiel de clarifier à présent quelques éléments de ce débat, qui a semble-t-il des implications finalement fort importantes, renvoyant à certains sujets abordés en cours.

Ainsi, un reproche fondamental et récurrent à été de dénoncer le mauvais usage inévitable de la rhétorique, par opposé à un autre débat, honnête et respectueux, visant l'échange et l'établissement de vérités communes. Or, cette affirmation me semble découler d'une candeur et d'une "bonne foi" que relativement pertinentes, suivant le cadre de débat sur lequel on se penche -- nous ferons ici une distinction entre débat politique et philosophique.
Philosophiquement, il semble que l'argument rassurant et confortable du "bon débat" est fort délicat. En effet, référons-nous un instant à Nietzsche et à la mort de Dieu, l'illégitimité de toute vérité, de tout absolu. Les implications d'un tel "événement" sont véritablement terribles, puisqu'elles retirent toute planche de salut ultime à la pensée, dans le sens que toute vérité sera considérée comme opinion individuelle. Il nous semble que saisir la vraie mesure de l'assertion de Nietzsche, pour peu qu'on le fasse sans compromis, conduit à une forme de chaos (intérieur, du moins), à une obscurité angoissante, à une absence effrayante de sol sous ses pieds, tels que les a prévus Nietzsche. Contre ce gouffre de la pensée se dresse naturellement une sorte "d'instinct de conservation", qui, il me semble, pousse à ne pas saisir les implications réelles et vertigineuses des attaques de Nietzsche, à considérer les dires de ce dernier sous l'angle de la réflexion philosophique exclusivement, sans les prendre sur soi, les assimiler, prendre sur soi ces implications revenant dans une certaine démesure à plonger soi-même, la tête la première, dans une remise en question profonde de ses idéaux, opinions, références et buts existentiels. Il nous semblerait nécessaire de développer ce sujet, mais pour ne pas alourdir le présent travail, nous nous contenterons de souligner qu'à notre avis, croire à la possibilité systématique d'un "bon" débat indique une non-acceptation de ce que la mort de Dieu implique au niveau individuel -- réaction instinctive, protectrice, sur laquelle il ne nous appartient pas de porter un jugement. Car débattre, au niveau philosophique, pour l'avènement du bien, paraît comme un objectif daté et naïf. Là n'est plus la question. Nous nous attarderons pas ici sur les autres manières de penser après l'avènement du nihilisme, sur la nouveauté des domaines intellectuels et spirituels que ledit nihilisme implique, puisque ceci a été abordé en cours (libération de l'horizon, stade de l'enfant en création perpétuelle, etc.).

Politiquement, la question se pose de façon différente. Là, l'attitude répréhensible était de camper sur sa position de façon sectaire, ce qui est permis dans une certaine mesure par l'usage de la rhétorique éristique. Il s'agit ici de parler de politique, sujet primordial dont la vastitude nous force cependant à faire preuve de beaucoup de circonspection et de modestie relatives à notre inexpérience en la matière (idem en ce qui concerne la philosophie, d'ailleurs).
Badiou, dans les textes abordés en classe, démontre que le relativisme consécutif à la mort de Dieu et omniprésent aujourd'hui, qu'il nomme humanisme animal ("Vis sans Idée"), conduit une "restauration de l'humanisme classique, mais sans la vitalité de Dieu (...) qui en soutenait l'exercice". Avec pour conséquence un représentation de l'homme comme "animal pitoyable", une humanité "ne valant pas un clou", etc., une absence générale de programme pour la réalisation de l'homme. Foucault associe à cet humanisme mou une vision du socialisme basée sur une représentation du bonheur humain (notion impensable, puisque fondée sur une vision de l'homme illégitime, cf. travail précédent).
Ce sont donc des arguments tels que ceux admis par Badiou qui réhabilitent l'engagement politique, ainsi qu'une certaine forme de radicalisme dans cet engagement. Seulement, force est de constater qu'à partir du moment où l'on admet et assimile l'illégitimité de toute vérité, comme mentionné ci-dessus, la tentation est grande de camper dogmatiquement sur ses positions (ce qui ne constitue une attitude justement pas plus répréhensible qu'une autre!), puisqu'aucune vérité ne vient nous contredire, si ce n'est l'expérience personnelle. Dès lors, il nous paraît plus pertinent, dans le débat politique, de tenter déceler la position d'un interlocuteur (en analysant son discours, en réfléchissant à ses implications,en se posant des questions telles que "quel est son but?", etc.), et d'y réagir en fonction de notre propre position, en affirmant le caractère personnel de cette dernière (cf. concept de la "préférence" chez Rorty).
Selon le contenu abordé en cours, nous pouvons donc déceler plusieurs attitudes en politique: tel interlocuteur ne sera au final qu'un défenseur de la suprématie bourgeoise (d'où la nécessité brûlante d'appréhender les notions de rhétorique permettant la mise à bas des paravents lumineux des dogmes néolibéraux, ainsi que certaines conceptions marxistes de la société), tel autre sera un prosélyte socialiste tel que le dénonce Foucault. L'un tentera, de par l'activité politique (peu importe son orientation), d'affirmer sa domination, comme résultat malsain de sa volonté de puissance décrite par Nietschze, l'autre aura comme objectif la prise du pouvoir du prolétariat, ou l'avènement de la société communiste. L'un sera motivé par un souci (égoïste? altruiste?) de conservation de l'espèce, un autre, encore, n'aura pas d'autre idée que le fonctionnement le moins boiteux possible de certaines institutions.
Or, il nous semble légitime, pour peu que l'on soit passé, et que l'on repasse chaque jour, par un processus de remise en question de soi-même aussi radical que celui causé par l'acceptation des conséquences de la mort de Dieu, d'affirmer notre point de vue, nos désirs, notre projet, jusqu'à ce que nous nous trouvions en face d'événement ou d'arguments nous forçant de par leur pertinence à nous resituer politiquement. Une attitude politique combative nous paraît donc être un gage d'honnêteté plutôt que de dogmatisme. Bien entendu, nous partons du principe que cette conception de la chose n'a pas plus de légitimité que celle que lui attribueront les personnes concernées.

Nous espérons ainsi que le présent travail n'apparaîtra pas comme trop confus, mais qu'il aura au contraire permis d'étayer certains arguments et certaines implications du débat initial.

Baiju

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Date d'inscription: 24/09/2008

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